Ci-dessus
Argyle Chair (mod. 302), Charles Rennie Mackintosh, par Cassina. Photographie de Mario Carrieri.
Pour contempler l'Argyle Chair
D'abord, détailler les doubles barreaux du piètement complexe à souhait, s'étonner de l'assise si basse, apprécier le contraste avec le dossier d'une hauteur infinie et envelopper du regard l’ovale qui le termine. Puis, se demander: à quoi tient ce subtil équilibre des contraires?
Alors, imaginer... Argyle Street, un salon de thé comme il en fleurit étonnamment dans la Glasgow post industrielle, déjà déclinante. Dans le restaurant de ce lieu de détente, le siège en chêne teinté et verni dévoile initialement, essentiellement, son dessein. Côté face, l'ellipse de l'appuie-tête entoure avec délicatesse le visage, attire l'attention sur ses atours. Côté pile, son encoche – oiseau en vol, symbole asiatique ou tout simplement poignée utile au transport de la chaise – laisse deviner la chevelure. Elancé, hérissé de deux montants, le dossier invite, lui, à une posture distinguée, rigoureuse, questionnant l'idée même de confort.
Finalement, sourire. Et si cet assemblage d'éléments dissemblables ne servait qu'à la mise en scène, belle car osée, du corps? Alors, l'Argyle Chair serait un trône empruntant aux traditions écossaises et à l'esthétique organique, effleurant le maniérisme, rejetant tout académisme, pour exprimer ses intentions avant tout humanistes.