Icône
Texte: Cécile Desbois
 Quand les sièges opèrent leur révolution
 

Symbole du boom économique des années 50 et de l'aspiration américaine à l'aisance matérielle, la Lounge Chair (1956) est devenue un classique du mobilier haut de gamme. Une pièce signée Charles et Ray Eames, deux producteurs de la modernité californienne.


 
 

Photo: Lounge Chair. Coquilles en bois stratifié revêtues de coussins amovibles et tabouret Ottoman sur base à quatre branches. Charles & Ray Eames. Photographe: Hans Hansen.
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Relax attitude
Totem du design incliné, la Lounge Chair fut conçue pour Billy Wilder, cinéaste aimant prendre ses aises devant la télévision. Comme si une icône, lucarne sur un certain âge d'or, devait en engendrer une autre. Comme si ce fauteuil était un manifeste, celui d'un design miroir de la société américaine. Une société affirmant ses exigences, à commencer par son goût prononcé pour le confort et le standing: «Je voulais que la Lounge Chair ait l'aspect chaleureux d'un gant de base-ball bien patiné», résumait Charles Eames. A cette imagerie populaire répondent les coussins en cuir, souples et amovibles, les coques plaquées en cerisier noir soutenant parfaitement le corps, le tabouret Ottoman et autonome, jusqu'au-boutiste. Structure organique par excellence, la Lounge Chair invite à la détente absolue, à l'extrême nonchalance.
Si ouatée et feutrée soit-elle, cette interprétation libre d'un standard européen – le fauteuil club anglais – n'en résonne pas moins du modernisme des fifties. Bouleversant les normes en vigueur, le siège n'est ainsi plus conçu comme type élémentaire mais en tant que combinaison d'éléments dont l'union représente l'enjeu fonctionnel. D'où les fameux socks mounts, liaisons en caoutchouc et métal, procurant au dossier son élasticité unique.
Autre audace, l'apposition – voire l'opposition – de deux expressivités. Recto, le cuir du rembourrage. Verso, le bois stratifié des coques, matériau industriel et bon marché, témoin du consumérisme de l'époque. Car, destinée à une production en série (six millions d'exemplaires vendus dans le monde), la Lounge Chair accompagne avec confiance la société américaine vers un design d'un nouveau genre: le design de masse.