Poésie de la fluidité
En finnois, Aalto signifie «vague». Clin d'œil ou hasard de la vie, l'anecdote résonne tel un écho dans la transparence du vase Savoy, dans ses volutes organiques, dans le rêve qu'y a soufflé Alvar Aalto: exprimer, au-delà de la métaphore souvent évoquée des lacs et paysages finlandais, la quintessence de la nature.
Or, que représente la nature? «Le symbole de la liberté», aurait répondu Aalto. A commencer par la liberté formelle qui anime les lignes asymétriques de ce vase aussi peu conventionnel que la série à laquelle il appartient, l'Eskimoerindens skinnbuxa. C'est en effet sous ce titre énigmatique (littéralement «jambière de cuir de femme esquimaude») que de singuliers croquis d'objets gagnent la compétition organisée en 1936 par les verreries Karhula-Iittala. Ondoyant autour d'un même motif, ils dévoilent un art du verre nouveau, excitant, dont le vase Savoy sera l'emblème.
Vase Savoy. Une fonction et un nom (celui du restaurant d'Helsinki qui le commande pour son intérieur) ne peuvent – ne doivent – restreindre le sens de l'objet. Dans sa hardiesse naturelle, Alvar Aalto entend aussi affranchir l'utilisateur, lui donner la clé des champs.
A lui seul revient le droit d'interpréter le vase, d'en définir la forme finale: simples lignes sinueuses à effleurer du regard, vase invitant à disposer les fleurs de façon sensorielle, éminente coupe à fruits attendant son dû... A l'image de la nature, le vase Savoy existe intuitivement. Depuis soixante-dix ans, et éternellement.