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Texte: François Gaillard
 Ou quand la création se donne des ailes
 

Atypique et poétique, la lampe Lucellino d’Ingo Maurer est rentrée dans les annales de la décoration. A près de 77 ans, son créateur iconoclaste ne cesse d’illuminer, par son génie, le paysage de l’éclairage contemporain. Retour sur une œuvre entre design et art.

 
 

Ci-dessus:
Composée d’une simple ampoule ornée de deux petites ailes en plumes d’oie,
Lucellino existe en lampe à poser ou en applique murale.

 

L’histoire du design n’est pas marquée que par des best-sellers. Certains produits sont aussi devenus des icônes pour leur originalité, en dépit de leur impossibilité à rentrer dans tout registre ou toute typologie. C’est particulièrement le cas de la lampe Lucellino dessinée par Ingo Maurer en 1989, défiant toute catégorie mais fortement présente à l’esprit de tous les professionnels et amateurs de design. Tirant sa singularité de la juxtaposition de deux éléments radicalement antinomiques, elle dérange ou enthousiasme mais ne laisse jamais indifférent. Mi-ampoule, mi-oiseau, elle tient son nom de la fusion des deux mots italiens luce et ucellino, signifiant respectivement lumière et oisillon. Mi-objet industriel, mi-œuvre artisanale, sa beauté transcende tous les critères esthétiques usuels et, si elle ne fait pas forcément l’unanimité, elle émeut par sa fragilité et sa sophistication. Existant en version murale ou de table, elle est composée d’une ampoule électrique basse tension de douze volts en verre et laiton décorée de deux petites ailes en plumes d’oie montées à la main. D’une puissance de cinquante watts non halogène, elle supporte des courants de deux cent trente, cent vingt-cinq ou vingt-quatre volts grâce au transformateur inséré dans sa base. Présentée pour la première fois en prototype lors d’une exposition à la Fondation Cartier pour l’art contemporain, à Paris, en 1989, elle est produite en série depuis 1992 et disponible dans de nombreux points de vente dans le monde entier.